Comment j’ai couru le semi-marathon de Paris (alors que je ne cours pas)

Comment j’ai couru le semi-marathon de Paris (alors que je ne cours pas)

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Par Lise Lanot

Publié le

C’est quand le prochain ?

Je vous ai raconté comment je m’étais décidée, sur un coup de tête, à courir le semi-marathon de Paris, puis comment j’avais commencé à m’entraîner un mois et demi avant la date fatidique. Aujourd’hui, lundi 7 mars, je peux clore cette trilogie en vous écrivant que, ça y est, j’ai couru ce semi.

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J-7

Une semaine avant le jour J, on me demande si je stresse. La réponse est non, même si les jours passent et que la date se rapproche. J’ai juste très hâte d’être au jour de la course et d’avoir, en attendant, une bonne excuse pour manger des pâtes à tous les repas. Je récupère mon dossard et le T-shirt orange vif qui l’accompagne. Les chiffres additionnés de mon numéro de dossard sont égaux à mon âge, je vois ça comme un signe.

La dernière semaine, je cours une fois seulement, 7 petits kilomètres, parce qu’il paraît qu’il ne faut pas faire beaucoup plus et que ce n’est plus le moment. Sachant que je me suis décidée tardivement à commencer à courir, je me dis que c’est dommage de perdre une précieuse semaine d’entraînement mais tant pis, j’écoute. Lors de cette dernière course, on me donne plein de conseils pour le jour J : commencer doucement, ne pas me précipiter dans les descentes, ne pas me précipiter dans les montées (“Il y en aura beaucoup”, m’assure-t-on) et surtout, profiter.

H-2

Je suis réveillée, évidemment bien trop tôt, par beaucoup d’excitation. On m’a conseillé plein de recettes de petit déjeuner différentes avant la course : du pain d’épices, des abricots secs ou encore un mystérieux gâteau sport (je n’ai toujours pas compris ce que c’était) mais, évidemment, j’ai oublié de faire les courses. Les rares fois où je suis allée courir le matin, c’était toujours à jeun mais je me dis que, pour 21 kilomètres, c’est peut-être un peu risqué donc je mange simplement mes céréales habituelles.

Intense.

Ma cousine, qui part avant moi, m’envoie un message juste avant de commencer sa course : “J’ai rendez-vous avec mon destin.” Elle rigole mais il y a un peu de vrai. Nous n’avons aucune pression, notre temps n’intéressera personne, c’est une course très égoïste où il s’agit simplement de se prouver à soi-même qu’on est capable de la terminer – et ce pourquoi pas sous un certain temps. Je me rends au départ, place de la Bastille, toute sautillante mais en essayant de ne pas dépenser d’énergie inutilement.

Kilomètres 1 à 5

On m’avait seriné de commencer la course tranquillement, pour ne pas me “cramer” inutilement. Ce que je fais, très contente de la playlist que j’ai mis deux heures à peaufiner la veille au soir. Je me dis que j’aurais dû manger mes céréales plus tôt, ou privilégier quelques abricots secs. Mon bol me pèse un peu sur l’estomac.

J’ai 7 heures de musique dans cette playlist. Je ne misais pas lourd sur moi apparemment. (© Lise Lanot)

Au kilomètre 2, je vois un enfant tenir une pancarte avec une obscure citation concernant le fait de ne jamais abandonner. C’est un peu niais, mais je le trouve trop mignon planté là et je commence à avoir une poussière dans l’œil. Je tourne la tête et je vois quatre coureurs pousser une dame en fauteuil roulant. Sur leur T-shirt, il est écrit quelque chose du genre : “Je cours pour qu’elle puisse marcher.” OK, deuxième poussière dans l’œil. Je me dis que je vais finir cette course en pleurs.

Je passe les cinq premiers kilomètres toute contente, il fait beau, il y a du monde. Je me force à rester sur une allure assez lente, seul problème : je me rends compte que l’application qui doit m’indiquer mon allure ne fonctionne pas. Tant pis, je vais la tenter à l’instinct.

Kilomètres 6 à 13

Après ces cinq premiers kilomètres (que je voyais comme une longue course auparavant et qui me semblent dorénavant être un petit échauffement), j’entre dans le bois de Vincennes. Je m’attendais à des bas-côtés noirs de monde ; ce n’est pas vraiment le cas, mais quelques poignées de supporters sont quand même présentes et je trouve assez touchant que des gens passent leur dimanche matin à attendre un·e proche qui passera devant eux en trois secondes à peine. Je souris à tout le monde et je m’imagine que les pancartes affirmant “T’es la meilleure” ; “Bravo Mimi, on est trop fiers de toi” sont pour moi.

Au kilomètre 12, ma meilleure copine me fait signe sur le bas-côté. On se sourit et je lance ma veste dans le panier de son vélo. Je lui envoie un message en poursuivant ma route : “On a été timides.” 30 secondes plus tard, je la vois apparaître à ma droite, juchée sur son vélo. Elle fait tinter sa sonnette en hurlant : “Allez Lili !” Ça me fait rire et me stimule.

Ma playlist est toujours aussi incroyable mais je la mets sur pause dès qu’il y a une fanfare – tous les trois ou quatre kilomètres. En passant devant les ravitaillements, j’ai la réponse à la question qui me taraudait : les bananes distribuées sont pelées par les bénévoles, pas de risques d’accident. J’ai ni bu ni mangé de la course, mais j’ai bien apprécié les encouragements des bénévoles, sur le qui-vive, leur bouteille à la main.

Kilomètres 14 à 18

Je sors du bois de Vincennes. Je commence à me dire que j’ai trop écouté les conseils d’y aller doucement. Je suis en allure de croisière, je n’ai personne à côté de moi mais je me dis que je pourrais taper la discute sans problème. En plus, j’ai mal analysé le parcours, je pensais enchaîner les dénivelés positifs et j’ai l’impression de ne faire que du plat, voire de la descente. Il serait temps de croire un peu en moi : je suis sans doute capable de tenir sur la distance tout en montant un peu le rythme ?

J’ai cette idée de génie au moment où les côtes débutent enfin. Pas grave, je file. Il y a de plus en plus de monde sur les trottoirs, je tape dans des mains, je chantonne un peu, c’est une vraie belle journée. Sous un tunnel, un coureur lance une ola et la foule gronde.

Kilomètres 18 à 21,097

Comment ça déjà le kilomètre 18 ? J’arrive sur les quais, il est temps d’accélérer pour de vrai. J’ai l’impression de filer de plus en plus vite, je commence à doubler les gens, je suis à deux doigts de me prendre un photographe assis par terre en changeant de chanson et je rentre dans un coureur 200 mètres plus loin. J’ai l’impression d’être une boule de flipper.

Dans ma tête, je file comme le vent. Je me vois dans une vitrine et je ne suis pas si impressionnante que ça. Bon, faut pas se décourager pour autant. Ça y est, j’atteins la ligne d’arrivée. C’est déjà fini ? J’ai envie de continuer, j’ai envie de courir jusqu’à Disney Land et de faire Space Moutain, de nager dans la Seine et de sauter en parachute. On me donne une médaille, une banane, une barre de céréales, un sac et un poncho. J’ai envie d’embrasser les bénévoles qui nous félicitent à la chaîne.

Je suis un peu déçue de mon temps, 2 heures 18, mais je me dis que deux mois plus tôt, je ne me serais même pas crue capable de finir une telle course. Je me dis aussi que je pourrais défier mon temps lors du prochain semi de Paris – ce n’est donc apparemment pas une légende, on pense déjà au prochain à peine le premier terminé. Je ne sais pas si je vais devenir une véritable mordue de course à pied, mais je sais que je peux être fière de moi et qu’il est très agréable de se fixer et d’atteindre des objectifs, aussi modestes soient-ils.

J+1

J’ai pris l’escalator pour la première fois de ma vie dans le métro et j’ai mis dix minutes de plus à aller au travail. Mes jambes souffrent un peu, mais pas assez pour entacher ma bonne humeur. Ma première question au réveil : quel nouvel objectif vais-je bien pouvoir me trouver maintenant ?

Konbini sports, partenaire du Harmonie Mutuelle Semi de Paris. Les préinscriptions pour la prochaine édition du 5 mars 2023 sont déjà ouvertes.